Interview du baryton français Stephane DegoutInterview du baryton français Stephane Degout

Interview de Stéphane Degout par les élèves de 2nde3

A l'occasion des représentations d'Iphigénie en Tauride de Gluck au Theater an der Wien au mois de mars dernier, les élèves de 2nde 3 ont réalisé l'interview de l'un des interprètes principaux de cet opéra, Stéphane Degout, une grande figure du paysage lyrique français d'aujourd'hui. Cet interview s'est déroulée au CDI après que les élèves ont assisté à la répétition générale de l'ouvrage.

Vous vouliez devenir comédien mais on vous a convaincu de devenir chanteur. Comment vous vécu ce changement ?

Pendant mon adolescence, j’avais une voix plus timbrée que les autres jeunes de mon âge.  Ma voix me dérangeait au début, mais en fait c’était un véritable atout, ce que mes professeurs de théâtre avaient déjà très tôt remarqué. Ils m’ont donc conseillé de prendre des cours de chant. Pour moi ce ne fut pas un changement dramatique mais plutôt une évolution naturelle puisque de mon point de vue, je suis un acteur qui chante et non pas un chanteur qui joue un rôle.

 

Avez-vous eu le soutien de votre famille ?

Au début, non. J’ai grandi à la campagne et a cette époque, le chant et la profession de chanteur avaient une connotation plutôt négative, cela représentait le chômage, la précarité, etc..

Mais petit à petit ma famille a commencée à être fière de moi et aujourd’hui elle l’est toujours (rires).

 

Quelle a été votre formation ?

J’ai été au lycée et j’ai passé le bac littéraire option théâtre, puis je suis allé durant quatre ans au conservatoire et pour finir pendant trois ans également au studio opéra de l’opéra de Lyon en tant que semi-professionnel.

 

Votre métier vous impose-t-il de parler plusieurs langues ? Lesquelles pratiquez-vous ?

Le plus souvent mon métier m’impose de parler français. Cependant j’ai aussi appris l’allemand et l’italien à l’école. Quand je travaille à l’étranger j’essaye de parler la langue du pays dans lequel je suis, de l’apprendre un peu.

 

Avez-vous connu des débuts difficiles ?

Je n’ai pas vraiment connu de problème. Tout s’est passé très vite et j’ai connu un succès plutôt rapide.

 

Vivez-vous bien votre succès ?

Plutôt oui ! (rires)

 

Beaucoup de gens vous reconnaissent-ils dans la rue ?

Ca m’est arrivé 2 ou 3 fois et c’était assez drôle.

 

Avez-vous un idole ou un modèle ?

Oui, bien sûr, mais malheureusement ils sont déjà tous morts. Un des chanteurs que j’admire le plus s’appelle Camille Maurane, c’était un chanteur français décédé dernièrement.

 

Travaillez-vous votre voix tous les jours ? Comment ?

Je travaille tous les jours en chantant mes rôles ou en faisant des exercices basiques et bêtes. (Rires) Non, mais c’est vrai, je fais des exercices… bêtes.

Mais s’il n’y a pas de spectacle, si je ne travaille pas, je fais un « break », et je consacre mon temps à ma vie personnelle.

 

Appréciez-vous la préparation d’une représentation : maquillage, habillage… ?

J’arrive au théâtre environ une heure et demi avant le début du spectacle. J’apprécie le moment du maquillage, de la mise du costume car c’est là que je me plonge dans mon rôle, que je m’imprègne de mon personnage, c’est un moment de concentration qui m’est bien utile.

 

Êtes-vous nerveux avant d’entrer en scène ? Comment vous préparez-vous ?

Je suis nerveux avant d’entrer en scène même si ça n’est pas forcément du stress. Pour me préparer à ça j’arrive 1h30 à l’avance, je m’échauffe la voix, Je fais un peu le tour de la scène pour vérifier que tout est réglé, et d’ailleurs, j'aime aussi revenir sur la scène à la fin, avant de partir.

 

Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver aphone lors d’une représentation ?

Il m’est arrivé de ne plus avoir de voix et c’est très embêtant car dans ce cas, je suis obligé d’annuler le spectacle. Ca ne m’est arrivé qu’une fois et j’espère que ça ne se reproduira pas. En revanche, il m’arrive souvent d’avoir des trous de mémoire.

 

Quelles relations entretenez-vous avec vos collègues ?

Bonne mais pas spécialement proche. Ca se passe en général très bien, il y en a que je connais de mes études, mais à part ceux-là je n’entretiens pas de contact privé avec mes collègues, même si je les aime bien. 

 

Dans quels pays avez-vous chanté ? Quelle est votre maison d’opéra préférée ?

En France, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Italie, en Belgique mais aussi dans d'autres pays comme les États-Unis.

Il y a certains opéras dans lesquels j’aime particulièrement travailler comme le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles; également le Theater an der Wien à Vienne, mais par contre j'apprécie moins ceux de Paris parce qu'il peut y avoir quatre spectacles en même temps ce qui fait qu'il y a beaucoup de gens et qu’on n’a donc pas spécialement le temps d'en rencontrer. Mais je ressens tout de même au Palais Garnier de Paris une atmosphère familiale et ce qui est bien.

 

Qu´est-ce qui vous déplaît dans votre métier?

Il y a plusieurs choses qui me déplaisent : des collègues „chiants“ ou des mises en scène compliquées, mais aussi le fait de ne pas toujours pouvoir jouer le rôle que l´on souhaite.

Enfin, ce qui me pèse c’est d´être loin de chez moi et j’ai souvent le mal du pays. Je n’ai guère été en France depuis septembre.

 

Dans toutes vos biographies, on peut lire que vous avez excellé dans le rôle de Papageno au festival d’Aix en Provence en 1999. Quel a été selon vous l’élément qui a déclenché un tel accueil du public ?

C’est tout d’abord le festival lui-même qui a déclenché cette euphorie générale, puisque son directeur avait changé, ce qui a attiré un grand nombre de spectateurs et ravivé leur curiosité. De plus, la représentation était très réussie, plus encore que d’habitude dans ce cadre extraordinaire.

 

Préférez-vous interpréter des rôles comiques comme Papageno ou tragiques comme Oreste ?
Les deux.  Papageno tout comme Oreste sont des  rôles intéressants et exigeants, même s´ils sont très différents l´un de l´autre. 

 

Quel a été jusqu’à présent votre rôle préféré ?
Au cours de ma carrière, j’ai incarné plusieurs personnages. Mais mon rôle préféré reste Papageno dans « La flûte enchantée ». C’est d’ailleurs mon plus grand succès. Cependant  j’aime aussi beaucoup les opéras qui se réfèrent à  la mythologie.

 

Quel est le rôle qui vous a causé le plus de difficultés ?
Ce fut un peu difficile pour moi de me glisser dans le rôle de Thésée dans « Hippolyte et Aricie » de Rameau puisque je jouais le père d’un enfant de vingt ans !

 

Comment réagissez-vous aux critiques ?

Tout de suite après les représentations, j’évite de lire les critiques. Je le fais après et je pense qu’il faut lire les mauvaises comme les bonnes. Je ne suis pas toujours d’accord avec elles mais je dois avouer que dans mon cas, elles sont toujours bonnes (rires).

Quel est votre prochain projet artistique ?
En avril je vais faire des récitals de mélodies françaises et j’ai un autre projet à Amsterdam.

 

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ? Avez-vous déjà pensé à exercer un autre métier ?
Avant d’être chanteur, je travaillais comme cuisinier en même temps que mes études au conservatoire. Mais pour le moment je n’envisage  pas de changer de voie.    

 

C’est la 3ème fois que vous incarnez Oreste dans Iphigénie en Tauride. Ce rôle vous lasse-t-il à la longue ou bien l’appréciez-vous davantage avec le temps ? Pour quelles raisons ?

La première fois que j'ai joué Oreste, c’était il y a deux ans à Paris en 2008. J’apprécie ce rôle de plus en plus, car à chaque nouvelle mise en scène je découvre de nouveaux aspects du personnage ce qui fait que je vais plus loin dans mon interprétation. Par exemple dans la mise en scène de Torsten Fischer, Oreste est un personnage malade, fou, alors que dans les autres versions il est présenté comme un homme normal uniquement fatigué de la vie.

 

Combien de temps avez-vous préparé cette production du Theater an der Wien ?

En tout, la préparation a pris six semaines. Après la deuxième semaine, nous avons travaillé au Theater an der Wien dans la salle même du théâtre. Avant que l’orchestre nous ait rejoint, nous avons travaillé cinq jours avec les décors.

 

Qu’est-ce qui vous a plu dans l’approche de Torsten Fischer ?
Comme je vous l’ai dit, Torsten Fischer a voulu faire ressortir l'aspect malade d'Oreste, ce qui a été très intéressant par rapport à d'autres productions. Il a aussi fait tout un travail sur les relations, les rapports entre les personnages qui étaient vraiment poussés et approfondis. Il ne s'est pas seulement fixé sur la beauté du spectacle mais aussi sur sa signification. Le contact entre nous a tout de suite été très bon. C'est un metteur en scène qui laisse suffisamment de libertés tout en donnant des directions ; il est précis mais n'impose rien. Il y a de grandes différences entre les les metteurs en scène. Bob Wilson par exemple est très formel et précis dans ses exigences et ne laisse aucune liberté, ce qui peut aussi être très intéressant pour le chanteur.

 

Comment s’est passé votre travail avec Véronique Gens ?
J’ai déjà travaillé une fois avec elle, donc je la connaissais avant. Même si elle a l’air un peu sévère, elle est facile et nous nous entendons très bien.

 

Comment se sont déroulées les premières représentations ?

Très bien. Le premier spectacle est un moment décisif. C’est la que l’on s’assure que le spectacle est bien compréhensible pour le public. Les deux premières représentations sont plutôt délicates, le spectacle vit vraiment à partir de la troisième.

 

Avez-vous d’autres passions en dehors du chant ? Pouvez-vous leur consacrer du temps ?

Oui bien sûr, cuisiner, aller au marché le matin puis faire à manger le soir, et sinon aller me balader. Je m'intéresse aussi beaucoup à l'histoire de ma ville, Lyon.

 

Avez-vous suffisamment de temps pour votre famille et vos proches ?

Non très peu.

 

Pratiquez-vous du sport ? Lequel ?
Je ne pratique pas de sport du tout. Le fait de chanter est un véritable sport en soi, puisque je transpire beaucoup sur scène (rires).

 

Avez-vous un engagement politique ? Pour quelles causes vous battez-vous ?

J’ai des opinions très précises mais je n’ai pas de véritable engagement.

 

Appréciez-vous l’atmosphère de Vienne ?

C’est la 5ème fois que je viens à Vienne. Au début j’ai eu des difficultés à m’acclimater et puis, je me suis progressivement habitué à la vie quotidienne et ce que j’apprécie, c’est l’intensité de la musique qui est partout présente. Ce qui m’intrigue toujours en revanche, c’est l’absence d’animation le dimanche, l’impression d’une ville totalement vide.

 

Quel genre de musique aimez-vous écouter ?

J’aime bien le jazz pour me détendre.