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Deborah Polaski et Patricia Petibon © Armin Bardel, Theater an der Wien

Des élèves de 2nde au Theater an der Wien


A l’occasion de la reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc au Theater an der Wien, déjà donné triomphalement en 2008 dans la production de Robert Carsen, des élèves de Seconde du Lycée Français de Vienne ont rencontré le chef d’orchestre Bertrand de Billy et la soprano Patricia Petibon, interprète du rôle de Blanche de la Force.


Pourquoi êtes-vous devenu chef d’orchestre ? Cantatrice ?

BdB : J’ai d’après mes parents toujours voulu devenir chef d´orchestre dès l’âge de 5 ans, alors qu’ils n’avaient pas grand chose à faire avec cet art.
PP : J´ai toujours chanté, il y a aussi beaucoup de chanteurs dans ma famille. Pour moi le chant c´est quelque chose de naturel, c´est une sorte de religion. Mais je n´ai l´impression d´être une chanteuse qu´au moment où j´arrive sur scène, où je chante pour les spectateurs.


Vous arrive-t-il de regretter votre choix ?


BdB : Non, je n’ai aucun regret. J’ai toujours été sûr de ce que je voulais faire. Sinon, j’aurais pu  devenir architecte ou bien m’occuper d’enfants handicapés plutôt que chef d’orchestre mais je suis très content de mon choix car mon métier est très riche et procure souvent des moments magiques.
En revanche je me fais du souci sur l’avenir de l’opéra car l’opéra intéresse seulement une partie infime de l’humanité. Il est l’exact contraire du football, pas du tout médiatisé. Je me pose alors souvent la question de savoir si on fait de l’art pour soi ou pour le public. Quoi qu’il en soit, je me dis qu’il faut toujours faire le mieux possible.
PP : Moi non plus je n’ai pas de regret. J’estime avoir eu beaucoup de chance - un peu comme à la loterie - la chance de pouvoir vivre de mon art. C’est une chose rare et je me considère comme quelqu’un de privilégié…même si parfois, il peut m’arriver de râler (rires). Je suis très heureuse et j’ai beaucoup de chance de vivre ce que je vis.
Pour moi, l’art, c’est le fait de s’ouvrir sur les autres et de ne pas se contenter de soi. Je pense que l’humanité a besoin de l’art pour survivre et je suis plutôt optimiste pour l’opéra grâce à la jeunesse.


Quand s’est passé le tournant de votre carrière ?


BdB : Dans ma carrière, il n’y a pas eu à proprement parler de tournant. Cependant je considère que j’ai pris à un moment donné une décision qui s’est révélée déterminante : celle de quitter la France et de m’établir dans d’autres pays, d’autres villes. En 1994, je suis arrivé à Vienne et j’ai eu la grande chance de pouvoir y diriger Les Pêcheurs de perles de Bizet. Tout est allé ensuite assez vite. Cependant, dès que je vois que ma carrière s’accélère, je freine afin de ne pas être surchargé et dépassé par le travail. Je préfère avoir moins de représentations pour pouvoir continuer à travailler avec enthousiasme. Et c’est pour cette raison que je n’ai pas reconduit mon contrat avec l’ORF.
PP : Mon premier contrat à Vienne avec Bertrand de Billy a été extrêmement important pour moi… et je pense que c’est un peu le tournant de ma carrière. De plus, j’ai eu la chance de rencontrer Nikolaus Harnoncourt, un des plus grands chefs d’orchestre actuels.


Où vous produisez-vous le plus souvent?

PP
: Je me produis souvent à Vienne depuis ces dernières années mais cela dépend. La saison prochaine, je serai par exemple davantage en France (Paris, Aix-en-Provence). Par ailleurs, je préfère me produire en Europe (Espagne, Autriche) plutôt qu’aux Etats-Unis car j’aime mon confort et rester près de me racines. J’habite actuellement à Paris et je me suis installée pour deux mois à Vienne pour Dialogues des Carmélites.
BdB
: Je me produis aussi souvent à Vienne. Mais la saison prochaine, je serai par exemple aussi davantage en France (Orchestre de Paris). Comme Patricia, je préfère me produire en Europe (Espagne, Autriche, Allemagne, Angleterre) plutôt qu’aux Etats-Unis car j’aime rester près de ma famille.  Habitant depuis des années à Vienne, je suis ravi de faire les Dialogues des Carmélites « à la maison ».

Quel rapport entretenez-vous avec le chef d’œuvre de Poulenc ? Avec Poulenc en général ?


BdB : Dès mon enfance, j’ai été confronté aux Carmélites. J’avais une tante qui était carmélite. Celle-ci est décédée exactement le jour de ma naissance. On pourrait donc penser que cette carmélite m’a conduit vers cette œuvre comme vers ce métier. De plus, j’ai « rencontré » Poulenc à travers le chef d’orchestre Georges Prêtre qui a travaillé sur un grand nombre de ses œuvres. J’ai ainsi un lien très fort avec Poulenc et son chef d’œuvre. J’adore Poulenc malgré ou à cause de son côté décrié. J’ai une grande fascination pour les dialogues, qui comportent tellement de niveau de lecture : politique, historique, philosophique, religieux, mais surtout une humanité, une vérité souvent si cruelle, avec comme thématique centrale cette « peur de la peur » si forte.
PP : Tout d’abord, il est incontournable, en tant que française, d’être confrontée à Poulenc. Je chante énormément sa musique. J’apprécie son rythme, ses touches humoristiques. Cet opéra nous positionne face à nos peurs, à la mort, à notre comportement, aux décisions qui s’offrent à nous. Un enchevêtrement de peurs se produit tout au long de l’œuvre. C’est à mon avis capital, également dans la vraie vie. Dans Dialogues des Carmélites, il est possible de chanter presque toutes les carmélites. Elles sont toutes différentes et intéressantes. Au début, j’ai chanté Constance puis Blanche. Ma grand-mère s’appelait Blanche. C’est amusant non, comme les prénoms peuvent marquer ?


Justement, pourquoi avoir choisi de chanter Blanche après Constance ?


PP : Pour moi, c’est une logique qui s’impose. Constance est une jeune fille. Je l’ai beaucoup chantée et je sais presque tout d’elle. Je peux donc, en tant que femme plus mature, interpréter Blanche. Il y a aussi une logique vocale car ma voix est devenue plus lourde, plus large et je ne peux plus tout à fait chanter comme une jeune fille. Surtout, je pense qu’il faut aussi passer à autre chose.


Vous identifiez-vous au personnage ? Que ressentez-vous en le chantant ? Ressentez-vous l’angoisse de Blanche ?


PP : Il y a des similitudes entre Blanche et moi. Je ressens la même peur qu’elle quand je chante ce rôle. Et puis il y a des moments qui me touchent personnellement. La musique atteint des points très précis, nos frayeurs, notre peur de la mort. Dans mon inconscient, une partie de Blanche me ressemble : plus on vieillit, plus on s’élève et on commence à voir la vie avec du recul. Parfois, on préfère rester jeune et la question que l’on se pose est alors : comment accepter de grandir et de vieillir ?


Quel est votre moment préféré ?


PP : Le duo avec « mon » frère, le chevalier. C’est un duo d’amour fraternel extraordinaire ! Rien que pour cela je voulais interpréter Blanche. La phrase « je suis une fille du Carmel qui va souffrir pour vous », qui est la phrase clef de cet opéra est un peur moment d’émotion. C’est la phrase la plus importante et la plus impressionnante pour moi.


Vous lassez-vous de l’œuvre ? Cela se produit-il pour d’autres ouvrages ?


BdB : Pas du tout. Je me suis battu pour monter Dialogues il y a trois ans. C’était une première à Vienne. Ce fut d’ailleurs un énorme succès qui explique sa reprise cette saison. Pour moi, c’est une œuvre populaire dans le sens où elle peut toucher les gens à travers la musique mais aussi les thèmes qu’elle aborde, thèmes que j’aborde avec pudeur lorsque j’en parle autour de moi.
Elle grandit en moi de plus en plus au fil du temps. Par contre, il m’est arrivé de me lasser d’autres ouvrages, en particulier lorsqu’il n’y a plus grand chose à découvrir ou qui me fasse grandir dans la vie, ce qui a été le cas avec Lucrezia Borgia par exemple.
PP : Moi non plus, je ne me lasse pas de cette œuvre car elle parle des choses évidentes de la vie, de la mort. Par contre, je pense qu’il faut avoir et savoir avoir du recul par rapport aux Dialogues car c’est un opéra « lourd ». J’aime pouvoir respirer de temps en temps avant de les rejouer, prendre le temps de faire autre chose. La prochaine fois, ce sera à Paris en 2013.


Comment s’est passé votre travail avec Bertrand de Billy ?


PP
: Le travail avec Bertrand est très agréable, il y a du calme il sait de quoi on a besoin, il y a de la souplesse.  Bertrand est quelqu´un de  précis et il n´y a pas de stress.


Quelles sont vos passions en dehors de la musique ?


BdB : Mes passions en dehors de la musique ? Surtout ma famille, ma fille. J’aime aussi la natation et j’écoute beaucoup de musique de chambre et de jazz.
PP : J’ai beaucoup de passions en dehors du milieu du chant, par exemple les inventions de concepts, la mise en scène, les arts plastiques. Mes passions ont toujours un rapport avec le milieu artistique.


Aimez-vous Vienne ?


PP : J´adore Vienne, c´est une ville qui a beaucoup d´histoire, c´est une ville culturelle et très agréable.

Critiques


Le silence se fait dans la salle, la lumière baisse progressivement et soudain, sur scène, une foule s’avance rapidement au rythme puissant, presque terrifiant de la musique.
L’opéra qui nous intéresse ici est Dialogues des Carmélites de Poulenc.
Trois thèmes principaux dans cet opéra : la peur, la mort et la Grâce divine. Immédiatement, on éprouve ces sentiments et ces émotions, notamment grâce à des chanteurs (Patricia Petibon en tête) dont le jeu scénique et la musicalité sont extrêmement convaincants, et bien sûr l’orchestre dirigé par Bertrand de Billy qui interprète avec force et nuances la musique de Poulenc.
La mise en scène de Robert Carsen est également intéressante car ce sont les personnages qui forment les murs et donc l’atmosphère et le décor tout à la fois.
Enfin, malgré quelques longueurs dans les dialogues entre les personnages et, parfois, la difficulté de compréhension, des répliques, on peut dire que c’est une interprétation réussie surtout grâce à une telle musique, si présente qui arrive à nous faire sursauter et à nous faire partager les sentiments des personnages.
Armelle Vérot, Lycée Français de Vienne


Du 16 au 29 avril 2011, l’opéra de Poulenc Dialogues des Carmélites a été représenté au Theater an der Wien.
La mise en scène de Robert Carsen, d’un aspect très moderne avec un décor simple respecte dans le même temps l’époque de l’histoire – la Révolution française et la transition entre les différentes scènes est réalisée de façon très originale.
L’interprétation musicale de Bertrand de Billy et de Patricia Petibon est très réussie. Grâce à leur performance, le public a pu ressentir l’angoisse et la peur présentes dans cette œuvre.
Une grande réussite qui vaut vraiment d’être vue et entendue.

Sofia Ertl, Lycée Français de Vienne





Dialogues des carmélites est un opéra français de Francis Poulenc. Cette œuvre est basée sur un scénario posthume de Georges Bernanos inspiré de La Dernière à l'échafaud (Die letzte am Schafott) de Gertrud von Le Fort. La première en version française de l’opéra eut lieu à l’Opéra de Paris, le 21 juin 1957. L'action se situe en France entre 1789 et 1794. Blanche de la Force décide d'entrer au Carmel. Lors de la Révolution française le couvent est envahi, mais Blanche fuit. Les religieuses sont condamnées à mort. Or Blanche décide de les rejoindre et meurt à son tour.
    La mise en scène de Robert Carsen est très originale. Le décor n’est pas spectaculaire, mais cet aspect oblige le spectateur à s’intéresser plus à l’histoire, aux émotions et aux gestes des chanteurs.  De plus la lumière renforce les sentiments montrés sur l’expression des visages. Elle rend bien cette peur toujours présente. Lorsque les personnages sont gais, la lumière devient plus douce, plus claire…
    Le jeu des chanteurs est aussi très réussi. Les voix nous touchent, nous rapportent bien leurs incertitudes, surtout Patricia Petibon, interprète de Blanche. Malgré quelques difficultés de compréhension du texte chanté, le message de l’opéra est bien transmis.
    En outre, la musique était sensationnelle ! Chaque battement de cœur était tangible, chaque tremblement, chaque émotion… Lors de la dernière scène de l’opéra, lorsque les religieuses montent à l'échafaud en chantant le Salve Regina et meurent une après l’autre, la musique nous prend à l’improviste. Chaque coup de lame surprend le spectateur et le fait sursauter. Celui-ci est plongé dans le tragique et ressent les mêmes émotions que les personnages. Spectaculaire !!

Camilla Leitner, Lycée Français de Vienne





Peur, colère, appréhension de la mort… Nous connaissons tous parfaitement ces émotions rencontrées tout au long de notre vie. Dans Dialogues des Carmélites, Poulenc réunit tous ces sentiments en nous racontant l’histoire de Blanche de la Force durant la Révolution française. Cette dernière décide d’entrer dans l’ordre des Carmélites en adoptant le nom « Blanche de l’Agonie du Christ ». Or, quelques temps après son arrivée, le couvent est dévasté par les révolutionnaires, mais les sœurs sont prêtes à mourir afin de défendre leur foi.
Tous ces éléments nous sont relatés en introduisant la formidable mise en scène de Robert Carsen, qui a réellement réussi à divertir le public. Ainsi, j’ai spécialement apprécié le début de l’opéra lorsque la foule se précipite sur scène, accompagnée d’une musique traduisant également l’agitation. L’orchestre dirigé par l’un des plus grands chefs d’orchestre, Bernard de Billy, a effectivement accentué à quelques moments le déroulement pathétique avec ses mélodies tragiques, qui ont plongé les observateurs dans le monde des personnages. Enfin, je veux insister sur le fait que les sentiments des personnages ont été perceptibles et ont vraiment touché les spectateurs, à tel point que certains d’entre eux ont éclaté en sanglots lors de la fameuse dernière scène. En effet, le chant de Patricia Petibon est si touchant et sa dernière pose levant les bras au ciel, illuminée grâce aux magnifiques jeux de lumière de Jean Kalman marque le public, qui se rappellera éternellement de cette dernière scène.
En conclusion, je recommande ce chef-d’œuvre d’une rare beauté  à tous ceux qui aime voir un excellent opéra et prendre part de la vie de la courageuse Blanche de la Force.


Melissa Jabbour, Lycée Français de Vienne



Das Gespräch der Karmelitinnen ist eine französische Oper von Poulenc. Schon 2008 wurde dieses Stück in Wien aufgeführt und hatte enormen Erfolg. 5 Tage lang waren die Vorstellungen ausverkauft. 2011 erfolgte eine Wiederaufnahme dieses Stückes welches so viel Menschen faszinierte.
Diese Oper handelt von einem Frauenorden , so genannte Karmeliterinnen die zur Zeit der französischen Revolution verfolgt und zur Guillotine verurteilt werden. Ein junges Mädchen dieses Bundes, namens Blanche hat grosse Angst vor dem Tod. Anstatt sich der Guillotine zu stellen, flüchtet sie. Am Ende dieser schönen Oper sieht man den Todeszug der Karmelitinnen und jetztendlich auch von Blanche, die keine Angst mehr hat und sich als treue Karmeliterin zeigt und sich dem Tod stellt.

Die Inszenierung von Robert Carsen ist sehr gut gelungen.
Sie war modern hat aber trotz allem  gut zu dem Stück gepasst. Die Lichteffekte und der Decor waren  etwas überraschend, spannend und sehr einfallsreich. Dies war gut dar dem Publikum dadurch nie langweilig wurde. Die Kostüme waren auch dem Zeitalter entsprechend. Sie waren altmodisch und trozdem elegant, in sehr herausstechenden Farben.
Die ganze Inszenierung war mit der Musik verbunden. Lichteffekte zum Beispiel, spielten so wie die Sänger ihre eigene Rolle. Die Musik war von dem tollen ORF Orchester unter der Leitung von Bertrand de Billy gespielt. Die kleinen Geräusche und die typische Notenzusammensetztung
von Poulenc waren gut herauszuhören. Die Sänger, Patricia Petibon, Heidi Brunner, Deborah Polaski und Michelle Breedt vor allem haben sich alle sehr gut in ihre Rolle hineinversetzt, sowie auch ihre Stimme die abwechselnd von einem kalten Ton der Angst zu einem warmen wechselte. Die Musik war bestens interpretiert. Ein Problem war jedoch, dass man die nicht französisch gebürtigen Sänger sehr schwer verstandt.
Im Grossen und Ganzen ist das Stück sehr gut angekommen. Ich persönlich war sehr ergriffen vom Ende und kann dieses Stück nur weiterempfehlen.

Alicia Barisani, Lycée Français de Vienne

Bertrand de Billy entouré des élèves
Les élèves avec Patricia Petibon